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Département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé, Commission cantonale de la famille

Trop d’étiquettes collent à la peau des ados…


Lettre du mercredi 22 novembre 2017 - Source: Echo Magazine



«Bolos», «populaires », «intellos»… Les collégiens ont l’art de la mise en boîte. Et tous sont réduits par les adultes à la catégorie rarement flatteuse d’«ados». Pas faciles, les années collège… «Quand je sortais de chez moi, j’enfilais un survêtement, confie Victor. Ma mère m’achetait des jeans, mais je ne voulais pas passer pour un bolos. Dans mon établissement, porter un jean était un truc de bourgeois, et ça n’aidait pas à se faire des copains.» Paul, lui, a décidé un beau jour de travailler moins bien à l’école: «J’étais tout le temps traité d’intello, je le vivais super mal». En baissant sa moyenne, il a rejoint le statut enviable des élèves sans histoire et sans étiquette. Il s’est senti beaucoup mieux. A l’âge des jugements sans appel, où l’art de la repartie et de la blague règne sur les cours de récré, chacun est vite mis dans une boîte et dûment étiqueté: «populaire», «bolos», «intello », etc.

Les tribus disparaissent
Même si ces catégories peuvent dérouter les parents et ne pas être repérables à l’oeil nu. En effet, les tribus reconnaissables à leur tenue vestimentaire et à leurs goûts musicaux (hippies, lolitas, gothiques, etc.) ont perdu du terrain. Ce sont les comportements qui comptent le plus désormais. Un ado est timide? Il est vite considéré comme une victime à éviter. Un autre a de bonnes notes? C’est un intello, tout aussi infréquentable. Ces étiquettes peuvent faire mal. Elles dessinent un système complexe de relations sociales d’où chacun peut être banni un temps, explique le sociologue Michel Fize, auteur de Mon adolescent en 100 questions (Eyrolles), «La retenue a disparu, observe-t-il. Autrefois, on pouvait penser qu’Untel était un idiot, mais on ne le lui disait pas. Désormais, chacun dit ce qu’il pense en toute impunité.»

L’œil des copains
Ces jugements jouent un rôle primordial lors des années collège. «L’adolescence est l’âge où l’on commence à s’interroger sur qui l’on est, décrypte le psychiatre et psychanalyste Patrice Huerre. On parvient à se connaître en tâtonnant, notamment en évaluant l’impact que l’on produit sur les autres.» Un look ou un comportement ont valeur de test: ils permettent d’être adopté ou non par tel ou tel groupe auquel on peut s’identifier. Au collège, l’adolescent manifeste son besoin d’autonomie vis-à-vis de sa famille sans pour autant être encore prêt à affirmer ses goûts et sa personnalité, note Michel Fize. Il passe alors par une étape intermédiaire en cherchant la reconnaissance d’un groupe qu’il se choisit: ses copains. Plus tard, au lycée, il pourra assumer ses choix en écoutant telle musique ou en portant les vêtements qui lui plaisent réellement. Bref, il s’engagera sur la voie de l’âge adulte.

Si cette période de transition constitue un passage obligé, elle est parfois accentuée par les attentes des adultes. «On n’a jamais autant classifié les enfants, explique la psychologue Emmanuelle Piquet, auteure de Mon ado, ma bataille (Payot). Depuis leur plus jeune âge, les ados d’aujourd’hui ont été comparés entre eux, évalués et mis dans telle ou telle case. D’un point de vue scolaire, bien sûr, mais aussi sur la base de leurs habiletés sociales. On en vient à s’inquiéter lorsqu’un enfant n’est pas invité à des anniversaires! Et l’adolescence elle-même est une étiquette peu glorieuse.» Alors que la très grande majorité des jeunes vont bien, les parents guettent cet âge avec angoisse, scrutant les moindres signes de crise.

Mendier l’amitié
Les parents doivent donc lutter contre la pression exercée de toutes parts. «Et se souvenir que, pour leurs adolescents, ils restent la référence la plus importante, reprend Patrice Huerre. Ils peuvent leur rappeler qu’ils ne se limitent pas à tel ou tel aspect — même flatteur — de leur personnalité. Et doivent éviter d’en rajouter à la maison. Il est bon de rappeler gentiment à un adolescent populaire qu’il a aussi sa part de doute.» La situation se complique quand l’ado cherche à tout crin à adopter les étiquettes que l’on n’apprécie pas. Rien ne sert de faire semblant d’aimer, conseillent les psys. «Néanmoins, mieux vaut éviter d’énoncer des jugements blessants sur quelqu’un qui se cherche, souligne Patrice Huerre. Mieux vaut rassurer l’ado sur le fait qu’il est normal de tâtonner. Puis lui donner des outils de répartie pour l’aider à répondre à d’éventuelles remarques venant de ses pairs.»

«Il faut se demander s’il souffre de son image ou pas. Si tel est le cas, un bon moyen de l’aider consistera à le mettre clairement devant un choix et d’en expliquer les avantages et les inconvénients», explique Emmanuelle Piquet Et de prendre l’exemple d’un adolescent qui veut entrer dans une bande de populaires. «On peut lui dire: ‘Soit tu continues à mendier cette amitié avec le risque de rester à la périphérie du groupe, soit tu trouves un autre groupe quitte à ne pas être populaire. A toi de choisir’. Dans 95 % des cas, il n’insistera pas.» Rassurante, la psychologue souligne que seuls les enfants réellement vulnérables sont en général affectés: «Il y a des jeunes boutonneux, pas habillés à la mode, qui ne font pas de surf et qui vont très bien. Car ils ont la force d’ignorer le regard des autres».

Petit lexique adolescent:

Le populaire: il sait faire rire et tout le monde le suit. Il est parfois angoissé à l’idée de perdre ce statut envié. Il en existe deux sortes: l’expert en relations sociales et celui qui règne par la terreur.

Le bolos ou bouffon: il suscite la moquerie, à la manière de la «tête de turc» des écoles d’autrefois. Aujourd’hui, cependant, cette étiquette est moins attachée à une personne en particulier. Tout le monde peut être «bolos» un jour ou l’autre.

L’intello: son tort est d’avoir de bonnes notes. Il peut être tenté d’arrêter de travailler pour intégrer la bande.

Le faiseur d’histoires: il ne sait pas garder un secret; il n’est pas fiable.

La victime: la proie facile, vulnérable. Se laisser victimiser est un aveu de faiblesse très mal vu par le groupe. Les adolescents de ce type sont en danger d’être harcelés.

Les nymphomanes, filles faciles, garçons manqués, etc.: selon leur façon de s’habiller, de se coiffer, de se maquiller ou pas, les filles sont très vite enfermées dans l’une de ces catégories, toutes péjoratives.

Emmanuelle Lucas/La Croix

 

 


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