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Département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé, Commission cantonale de la famille

Elever des enfants

La recherche du paradis perdu en famille…

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Lettre du mercredi 14 mai 2014 - Source: Babybook



Entre pruderie chrétienne et émancipation soixante-huitarde, les parents d’aujourd’hui se cherchent. Ils réalisent que le débat n’est pas sans enjeux et redécouvrent la pudeur comme une valeur essentielle au développement de l’enfant. Sébastien est d’un naturel pudique. Sandrine pas. Mari et femme, ils illustrent les deux pôles entre lesquels les parents d’aujourd’hui naviguent pour trouver un point d’équilibre. Est-il naturel de se voir nus en famille? Face à leur fille Célestine, 21 mois, Sandrine et Sébastien ont adopté des attitudes différentes : « Je fais très attention à ce que ma fille ne me voie pas nu. Il faut maintenir une certaine distance », explique-t-il. « Je trouve que ce n’est pas plus mal qu’elle voie un corps de femme, et de mère à fille ce n’est pas déplacé. Je préfère qu’elle voie ma poitrine plutôt qu’elle se demande un jour ce qu’est une poitrine », argumente-t-elle.

Vice ou vertu?

Les parents d’aujourd’hui sont héritiers d’un bagage contradictoire : de la morale chrétienne à la médiatisation de la pédophilie, en passant par Mai 1968 et la psychanalyse, la pudeur a été tour à tour prônée puis décriée. Paradoxe, dans ce XXIe siècle où tout se dévoile, la pudeur connaît un retour en grâce : « Actuellement, on constate que les parents cherchent plutôt à poser des limites, dans l’ensemble de l’éducation. C’est valable pour le corps aussi, relève Véronique Dolivo-Schmutz, médecin cheffe du service de pédopsychiatrie de l’Est vaudois. Après 68, il y a eu une période de laisser-faire où l’on a brisé les barrières entre les générations. Tout était permis. Aujourd’hui, on constate un revirement. C’est le mouvement naturel de toute société. »

Naturelle ou contre-nature?

Aux dires des spécialistes, ce retour à la réserve est plutôt positif. Le mouvement hippie la jugeait contre-nature. En réalité, la pudeur est naturelle. Elle a toujours existé et dans toutes les sociétés, même celles qui vivent nues! Le psychanalyste Gérard Bonnet le souligne dans Défi à la pudeur (: « La pudeur est une vertu éternelle, transcendantale. C’est une question pour l’être humain de se respecter et de respecter les autres. » Mieux, la pudeur est indispensable au bon développement de l’enfant: « Quand elle apparaît, c’est un signe important de prise d’autonomie, souligne Véronique Dolivo-Schmutz. Autonomie physique – on ne dépend plus de maman pour se laver ou s’habiller – mais aussi psychique. L’enfant montre qu’il a conscience de son identité.» Les parents ne s’y trompent pas: « Alexiane (7 ans) ne veut plus se montrer en culotte devant nous. Si elle se change elle va dans sa chambre. Quand elle essaye un habit au magasin, je dois sortir de la cabine et bien fermer le rideau… Mon bébé devient grand », soupire Séverine.

Un apprentissage réciproque

La pudeur apparaît spontanément chez l’enfant, mais ce développement est également influencé par son environnement. Alexiane a commencé à manifester des réserves à 5 ans, après avoir été sensibilisée en classe. « C’était axé sur la prévention des abus sexuels. L’éducatrice nous a conseillé de les laisser assez rapidement se doucher seuls. Cela évite les questionnements chez l’enfant et il apprend que son corps lui appartient », explique Séverine. « Il y a le côté interne, où l’enfant développe de toute façon sa pudeur et le côté lié à l’éducation. Là, il existe des disparités selon les familles, en fonction de l’importance qu’elles y accordent », précise Véronique Dolivo-Schmutz. L’apprentissage de la pudeur est mutuel. Enfants et parents ajustent spontanément leurs comportements: « L’autre jour, Célestine m’a vue sans vêtements. Jusque-là ça n’avait pas posé problème mais cette fois, j’ai remarqué que son regard s’attardait sur mon intimité et ça m’a gênée. J’ai vite été passer quelque chose. Depuis, je fais attention », raconte Sandrine. Cette maman avait déjà mis le holà au bain pris en commun: « J’ai arrêté parce que la dernière fois, elle regardait beaucoup mes seins, elle voulait les toucher. C’était un peu comme des jouets pour elle, mais ça m’a mise mal à l’aise. »

« Les petits enfants proposent régulièrement à leur parents des jeux exploratoires innocents, mais auxquels il est important de résister, commente Ladislas Hierholtz, éducateur spécialisé à Chexbres. Les enfants peuvent ressentir une forme d’excitation liée à la découverte des organes génitaux. C’est à l’adulte de canaliser cela. » Le mouvement est parfois inverse: « Je rencontre des mamans qui sont un peu blessées parce que leur enfant s’est caché les yeux en les voyant nues. Ils manifestent qu’ils ne veulent plus voir ça, parce que ce n’est pas à eux, sourit Véronique Dolivo-Schmutz. J’explique à ces mamans que la pudeur c’est une bonne limite, qui existe pour se protéger. »

Trouver son point d’équilibre

Reste à trouver l’équilibre entre pruderie et exhibitionnisme. En la matière, il s’agit d’être souple car « la pudeur est mouvante selon les lieux et les circonstances », explique José Morel Cinq-Mars, dans Quand la pudeur prend corps. La nudité n’a par exemple pas le même impact dans la salle de bains qu’au salon. Pour Ladislas Hierholtz, « ce n’est pas tant la nudité qui pose problème, que l’intention qui se cache derrière. L’intention de l’adulte et le climat qu’il propose sont plus déterminants que la nudité proprement dite ». Et même lorsque l’intention de l’adulte n’est pas malsaine, il faut encore s’assurer que l’enfant soit à l’aise.

Face à cette réalité complexe, les spécialistes sont unanimes: à chaque famille son fonctionnement pourvu qu’il soit cohérent pour tous ses membres. Sans forcément ériger de règles formelles. Pour José Morel Cinq-Mars, « la pudeur ne se transmet pas par les mots, mais entre ceux-ci, dans les soins et les attitudes envers les petits ». Sur cette corde sensible, l’équilibre doit sans cesse être rétabli. Subtilité, intuition et confiance en soi constituent les meilleures alliées de ces funambules du quotidien que sont les parents.



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