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Département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé, Commission cantonale de la famille

« Pour rester fidèles, ne promettez rien »


Lettre du jeudi 2 février 2017 - Source: Echo Magazine



Se jurer fidélité serait la meilleure manière de s’endormir sur ses acquis, et donc de mettre son couple en péril, affirme un psychiatre et thérapeute de couple exerçant à Genève. Auteur d’une quinzaine d’ouvrages sur le couple et la famille, le Français Robert Neuburger est psychiatre, psychanalyste, thérapeute de couple et directeur du Centre d’étude de la famille association. Etabli à Genève depuis plus de trente ans, il est constamment confronté, dans ses consultations, à la question de la fidélité et à ses manquements.

La fidélité est-elle encore une valeur importante en 2017? L’adultère semble banalisé par les sites de rencontres extraconjugales.
Robert Neuburger: -Au contraire. L’infidélité est peut-être plus tolérée par la société, mais au sein des couples elle l’est de moins en moins. Plus de 80% des demandes de thérapie de couple que je reçois ont un lien avec l’infidélité. Ce n’est pas tellement la gymnastique sexuelle qui est en cause, mais la rupture de confiance. Aujourd’hui encore, j’ai entendu une patiente me dire: «Si seulement il avait payé une prostituée! Mais là, il a eu une liaison». Ce qu’elle reprochait avant tout à son mari, c’était qu’il soit sorti au restaurant avec sa maîtresse. Beaucoup de couples peuvent admettre qu’il y ait une passade à l’occasion d’un congrès par exemple, pour autant que le conjoint ne le sache pas; mais ce qui est vécu comme une violence, une humiliation, c’est quand il y a investissement affectif dans une deuxième relation.

On n’est donc pas plus infidèle aujourd’hui?
-Certainement pas. Mais auparavant, l’adultère fragilisait moins le couple, parce que le divorce était très mal vu. Quand j’étais jeune, ça ne se faisait pas d’épouser une fille de divorcés. Aujourd’hui, il est très difficile de ne pas épouser une fille de divorcés! Le grand changement de ces dernières années, c’est la séparation du couple et de la famille. Avant, s’il y avait des tensions dans le couple, elles ne devaient pas affecter la famille. Alors qu’aujourd’hui, qu’il y ait enfants ou pas, s’il y a un problème dans le couple, on se sépare. C’est pourquoi l’infidélité met tellement le couple en danger.

Y a-t-il une recette pour la fidélité?
-Il y a deux types de couples: ceux pour lesquels on sait d’avance que ça va mal se passer. Ce sont ceux qui se promettent fidélité.

Pardon?
-Cela crée une atmosphère de confiance: on peut se laisser aller. Monsieur pense que parce qu’il a épousé Madame il y a vingt ans, il peut sortir avec ses amis tous les soirs; elle n’a pas à se sentir délaissée. A l’Eglise ou à la mairie, on parle de fidélité à tout jamais: pour moi, c’est une bêtise. L’autre type de couples, ce sont ceux qui savent que leur relation peut être provisoire. Ils tiennent beaucoup plus longtemps.

Pour quelle raison?
-Ils sont attentifs à leur couple. Ils ne pensent pas que l’autre est acquis une fois pour toutes. La confiance ne doit pas être un a priori: elle doit découler du fonctionnement du couple. Comme la fidélité. Si ma vie est suffisamment riche, je n’aurai pas envie de tromper ma femme.

Que signifie être vigilant?
-L’ingrédient majeur qui manque cruellement aujourd’hui, c’est donner du temps au couple. Pas seulement pour la vie sexuelle, mais pour partager des activités, des balades en montagne, etc. Le profil des couples à problèmes, c’est la quarantaine, deux enfants, deux jobs à plein temps et la famille à distance. C’est très fréquent à Genève. La cerise sur le gâteau, c’est l’achat ou la construction d’une maison: les gens pensent que ça va résoudre leurs problèmes. Mais les murs n’ont jamais uni personne.

-Le discours ambiant pousse à être fidèle avant tout à soi-même, à son ressenti. Faire le choix de la fidélité, est-ce le meilleur moyen d’être frustré?
-Il y a quelques années, un de mes amis sexologues a donné une conférence au Centre social protestant sur le thème: «La fidélité est-elle dangereuse pour la santé?». La salle était comble! Mais il ne nous a pas donné la réponse (rires). Plus sérieusement, la tromperie n’est souvent que le symptôme de quelque chose qui va mal en amont. Ce n’est pas mon rôle de dire si c’est bien ou pas. Je constate simplement que l’un des deux se réveille et se demande: «Qu’est-ce que je fais là? Où est ma vie d’homme, de femme?». C’est pour cela que j’ai écrit On arrête, on continue?, pour faire son bilan de couple. Je propose de faire le point tous les trois ans.

C’est-à-dire?
-Le couple est un investissement énorme! Des choses qui nous appartenaient exclusivement, comme les organes sexuels, appartiennent au couple. Il est donc très important de recevoir quelque chose en échange, comme le fait d’être valorisé dans son identité sexuée. Ce n’est pas qu’une question de sexualité, c’est «je me sens reconnu comme homme dans le regard de cette femme, comme femme dans le regard de cet homme». Aborder régulièrement la question, rester branché sur ce que l’autre attend permet d’éviter que s’installent de grosses crises.

Un couple peut-il survivre à l’infidélité?
-C’est très difficile. C’est pourquoi je pense que la meilleure idée, quand le couple bat de l’aile, n’est pas d’aller voir ailleurs, mais de se confronter au problème quitte à consulter un professionnel. Parce que l’infidélité finit toujours par être découverte. Et alors que ce n’était pas le problème à la base mais la conséquence d’un problème, ça finit par prendre toute la place. Même quand le couple survit, il traîne une rancune. Ou alors il faut jouer cartes sur table et fréquenter un club échangiste. Mais d’après ce que j’entends autour de moi, ce n’est pas joyeux joyeux.

logo2  Propos recueilli par Christine Mo Costabella


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