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Département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé, Commission cantonale de la famille

Elever des enfants

Être le chouchou, à chacun son tour !

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Lettre du mercredi 8 octobre 2014 - Source: Extrait de Echo Magazine, France Lebreton



Largement admise autrefois, la préférence parentale est bien moins tolérée aujourd’hui. Pourtant on peut aimer ses enfants autant mais de façon différente sans nier ses affinités. Ô l’amour d’une mère! Chacun en a sa part et tous l’ont tout entier!», écrivait Victor Hugo. Pourtant, on a longtemps reconnu l’existence d’un «chouchou», le plus souvent l’aîné de la famille, fierté des jeunes parents, choyé et admiré par les grands-parents qui cherchent sur le visage du nouveau-né les ressemblances familiales, signes de continuité de la lignée.

A leur naissance, le cadet, le benjamin, chéris eux aussi, soulevaient un peu moins d’enthousiasme. Lointain souvenir du droit d’aînesse qui favorisait juridiquement le premier-né dans la transmission de l’héritage? Encore que l’appellation «petit dernier» a longtemps éveillé le soupçon de favoritisme parental pour le «tardillon». Depuis, les mentalités ont évolué. Devenus égaux en droit, les enfants doivent aussi être égaux sur le plan affectif. Le chouchou n’a pas bonne presse; quant à parler de l’enfant «préféré», le sujet est tabou. «Chouchou se veut une dénomination plus tendre, plus mignonne, donc plus acceptable, estime la psychothérapeute Nicole Prieur. Mais le processus est le même et produit les mêmes effets.»

Peur de trahir l’aîné

Le favoritisme engendre un sentiment d’injustice, en particulier chez les enfants, et suscite l’inquiétude, voire la culpabilité des parents, notamment de la mère, lorsque la famille s’agrandit. Peur de trahir l’aîné, peur de ne pas parvenir à aimer autant le puîné. «Le sentiment de préférence n’est pas bien vu socialement, confirme Anne Mortureux, psychologue clinicienne, tout en nuançant: pour autant, la notion de chouchou recouvre des réalités très différentes.» Dans certains cas, un enfant est mieux traité, moins grondé et obtient tout ce qu’il veut parce qu’on se reconnaît en lui ou parce qu’il est vulnérable. Il faut parfois en chercher l’origine dans l’inconscient. Nicole Prieur évoque le cas, dans certaines familles, d’une «proximité psychique avec un enfant» lorsque celui-ci est «choisi» par son parent pour résoudre ou réparer la place difficile qu’il a eue dans sa propre fratrie. La souffrance s’exprime alors aussi bien du côté de «l’élu», qui craint de décevoir, que du côté de ses frères et soeurs, qui peuvent se sentir rejetés.

S’il est douloureux de ne pas être l’enfant préféré, on peut souffrir à l’âge adulte de l’avoir été. «C’est un cadeau empoisonné», pour Nicole Prieur, qui reconnaît que cette place privilégiée peut être valorisante au début de la vie mais devenir, au fil du temps, encombrante, voire écrasante. «Plus tard, le chouchou éprouve souvent un sentiment de culpabilité. S’il a perdu sa place, il peut se sentir trahi ou mis à l’écart par sa famille. S’il est toujours le plus aimé de ses parents, il aura du mal à se défaire d’un lien envahissant.»

Titanic avec la petite

Mais le plus souvent, quand on parle de chouchou, c’est une question d’affinités. «A un moment donné, en fonction de ses centres d’intérêt, un parent se sent plus à l’aise avec l’un de ses enfants et investit le lien de façon plus importante sans qu’il s’agisse d’aimer plus ou moins», relativise Anne Mortureux. Le propre de l’affinité est d’évoluer dans le temps. Un père apprécie d’accompagner son fils à un match de foot, puis de s’intéresser à l’histoire avec un autre; la mère aime aller nager avec sa fille aînée, puis regarder une comédie sentimentale avec la cadette. Si l’un se sent délaissé, il peut manifester sa souffrance par une opposition féroce à ses parents ou un comportement pénible. Il convient alors de se rapprocher de cet enfant, de reconnaître ses qualités et la relation se modifiera. «En cas de difficulté, il faut veiller à réaménager l’équilibre familial pour faire évoluer les affinités, redistribuer les cartes. Rien ne doit être figé, insiste Anne Mortureux. On peut préférer non pas un enfant, mais les qualités d’un enfant. Et quelles que soient ses qualités, on l’aime», ajoute la psychologue qui conseille de veiller à ce que chaque enfant trouve sa place et sa sécurité affective.

Du temps pour l’examen

«On est plus ou moins sur la même longueur d’onde avec ses enfants selon leur tempérament», complète Didier Pieux, psychologue clinicien. Ainsi on communiquera plus avec un fils extraverti, on sera davantage dans la distance avec une fille discrète ou on fera preuve d’empathie à l’égard de l’enfant le plus anxieux. En passant par exemple plus de temps avec lui pour préparer un examen. «Il ne s’agit pas de donner plus d’affection, mais d’avoir une vision différente. La quantité de relations ne doit pas être confondue avec la quantité d’amour!» D’où la nécessité, pour le psychologue, d’expliquer cette réalité aux autres membres de la fratrie. «La communication empêche le syndrome du chouchou. S’exprimer permet aux enfants de dédramatiser», précise-t-il. «Plutôt que d’avoir un chouchou, il vaut mieux avoir des chouchous», conclut Nicole Prieur qui recommande aux parents d’alterner les rôles en fonction de l’âge et des événements de la vie afin de donner à chaque enfant le sentiment d’être unique et d’avoir une place particulière dans la famille.



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