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Département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé, Commission cantonale de la famille

Elever des enfants

La communication des enfants et des adolescents

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Lettre du mercredi 3 décembre 2014 - Source: Extrait de Babybook



Faut-il s’inquiéter des nouveaux modes de communication utilisés par les jeunes? 

Qui n’a jamais éprouvé un sentiment de désolation en entendant des jeunes s’exprimer dans un langage ne ressemblant que de très loin à la langue française – la question se posant dans les mêmes termes quelle que soit la langue en question? Et qui n’a jamais haussé son sourcil droit à la vue de textes remplis de fautes d’orthographe, au point d’en rendre leur contenu illisible?

Qui n’a jamais lu d’article dans lequel des enseignants de Lettres rappellent combien il est important de savoir s’exprimer correctement quand, dans le même temps, des sociologues s’efforcent de minimiser l’impact de l’acculturation d’une tranche de la jeunesse actuelle, affirmant que le langage est un domaine qui évolue et que l’invention de certains mots, de certaines expressions ne peut que contribuer à le dynamiser?

Comme nous le voyons, la question de la communication des jeunes fait débat. Mais pour y comprendre quelque chose, il convient avant tout de distinguer les différents modes de communication. La communication d’un être passe le plus souvent par le langage. Certes, il existe aussi un autre type de communication passant par les gestes, les mimiques, les expressions faciales… et relevant de la communication non-verbale.

A priori, cette dernière paraît essentiellement intuitive. Elle a pourtant ses règles que l’on acquiert très tôt. Ainsi, l’enfant apprend très vite à exprimer sa joie par un sourire et non par des pleurs ou un durcissement de ses traits. Si les règles de la communication non-verbale semblent aller de soi, notons cependant qu’elles ne sont pas forcément les mêmes dans tous les pays. Ainsi, certains gestes comme la poignée de mains ou la bise ne sont-ils pas coutumiers partout. D’autres peuvent même entraîner des malentendus comme le fait d’appeler un individu, la paume ouverte et les doigts vers le ciel, ce qui correspond, en Amérique du Sud, à une invitation sexuelle!

Dans cet article, c’est surtout à la communication verbale que nous allons nous intéresser en faisant une distinction entre communication orale et communication écrite. Dans ces deux domaines, on a eu de cesse de pointer de l’index l’effet néfaste des nouvelles technologies qui nous poussent, parfois malgré nous, à simplifier au maximum notre langage au point de réduire les phrases à quelques termes, sans parler des émoticônes venues remplacer des descriptions considérées comme utiles, un peu comme s’il était devenu obligatoire de faire un dessin pour expliquer toute chose.

Le fait que beaucoup de jeunes (et de moins jeunes!) aient totalement perdu le sens du phrasé se constate au quotidien lorsqu’on lit les copies du baccalauréat et même certains mémoires universitaires. Fort heureusement, le phénomène, bien que marqué, n’est toutefois ni une fatalité, ni une tendance suivie par tous. Mais en quoi la perte, car il s’agit bien d’une perte, d’une partie de l’outil fondamental que représente le langage est-elle grave? D’un point de vue anthropologique, utiliser au quotidien un vocabulaire de plus en plus restreint marque un retour au temps où, justement, il y avait moins, voire pas de mots. On peut d’ailleurs se demander jusqu’où cette restriction va aller et imaginer que, dans quelques temps, nous ne nous exprimerons plus qu’aux travers de cris et de bruits divers, comme le faisaient sans doute les hommes préhistoriques.

Mais d’un point de vue plus sociologique, la diminution du vocabulaire est grave car ce ne sont pas les idées qui font naître les mots et précèdent les idées. En effet, tant que l’on ignore le mot pour désigner une chose concrète ou un concept, ces derniers n’existent pas. Et de ce fait, on ne peut les placer au centre d’une idée dans laquelle ils seront mis en relation avec d’autres. A titre d’exemple, au Groënland, il existe un nombre incroyable de termes désignant les différentes catégories de glaces ou les différentes teintes de bleu. Des catégories qui n’existent pas pour nous qui mettons un seul et unique terme “bleu”, “glace”, pour désigner des réalités pourtant différentes. Connaître un mot, c’est en faire un outil qui nous permettra de construire une idée. En cela, les mots sont des matériaux de construction au même titre que le ciment.

De ce fait, il est nécessaire pour développer sa propre intelligence, de développer son vocabulaire. De même, un musicien ne connaissant que deux notes aura forcément plus de mal à composer une mélodie qu’un musicien les connaissant toutes. Ce dernier pourra, en outre, donner d’autant plus d’effets à sa musique que ce savoir lui aura ouvert la voie aux règles de l’harmonie. Il aura ainsi une palette très large de possibles pour créer sa propre musique. Mais la connaissance du vocabulaire ne suffit pas en soi. En effet, si les mots sont tels des notes de musique, pour créer une mélodie, encore faut-il connaître les règles, comme celles d’orthographe-grammaire, qui permettront d’éviter les fausses notes.

Savoir écrire, c’est se donner la chance de pouvoir évoluer dans sa propre pensée. C’est donner à celui qui nous lit, la possibilité de comprendre ce qu’on lui dit sans risque d’erreur ou de confusion. C’est aussi se donner la chance de nouer un contact réussi avec les autres (qu’ils s’agisse du directeur des ressources humaines à qui l’on adresse une lettre de motivation, de l’enseignant à qui l’on tend un travail ou d’une personne à qui l’on souhaite déclarer sa flamme)

L’écrit nous identifie autant que l’image que l’on donne de soi car il nous inscrit dans un type de communication. Nous pourrions ajouter que le fait de prendre soin de ses écrits est également une marque de respect vis-à-vis de ses lecteurs. Qu’aurions-nous pensé d’un auteur comme Racine si au lieu du fameux “Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?”, il avait écrit: “Pr ki son céserpen ki sifle sr vo teteu?” Et ce qui vaut pour l’écrit vaut également pour l’oral. Une phrase peu compréhensible, réduite à une simple information n’aura, en retour, qu’une phrase similaire. Car cette pauvreté dans le vocabulaire n’aura pas donné aux personnes en train de communiquer, le matériau suffisant pour faire naître…un dialogue.

Le fait de ne communiquer que sur le mode du “SMS” a ceci de dramatique, qu’il réduit la communication à une succession d’information à celui de la communication. Or, seul ce dernier nous différencie…des machines! En effet, ce qui distingue l’homme est avant tout le langage et l’infini des possibilités que ce dernier offre pour concevoir et exprimer des idées.

Pour dire les choses autrement, enrichir son vocabulaire, c’est donner à manger à ses neurones! Car n’oublions pas que nos neurones, bien qu’en grand nombre à notre naissance, diminuent au fil du temps et que leur non-usage entraîne une forte accélération de leur perte! Ce qui prouve que dans la perte du langage, dans le rejet des règles, il y a bien une perte. On se perd soi-même. On perd son cerveau et ses facultés cérébrales. On se prive de l’ouverture sur le monde des idées qu’offre la connaissance du langage, mais on se prive aussi d’une partie de soi-même pouvant faire de nous, non plus de simples transmetteurs d’informations, mais des communicants.

Mais quel intérêt y a-t-il à entourer une information de descriptions pouvant alourdir, rendre plus opaque cette dernière? Après tout, l’important n’est-il pas l’information et rien d’autre? La réponse à cette question est très simple: une information (comme celle qu’un célèbre site de réseau social nous invite à communiquer en cliquant sur “J’aime” ou “Je n’aime plus”) contient le coeur du message. Seulement, nous sommes des individus complexes, pouvant éprouver des sentiments, des désirs parfois contradictoires, des doutes, des regrets, des exaltations. Et c’est précisément toute cette complexité que le langage nous permet d’extérioriser, ce qui au-delà, nous donne la possibilité de nous individualiser, de nous démarquer.

Il est vrai que l’invention de nouveaux langages a le mérite, pour certains sociologues, de faire évoluer la langue. Cela n’est pas faux puisque les nouvelles technologies notamment, ont enrichi le vocabulaire et fait grossir les dictionnaires! Certains des enseignants en communication prétendent même que certaines enfants utilisant le langage SMS ont une connaissance supérieure des règles d’orthographe. Mais si inventer des notes est une chose, délaisser les règles de mise en forme de ces mots en est une autre. Or, utiliser des formes actuelles de discours comme, par exemple, le verlan ne peut avoir de sens que si, derrière, l’on connaît la forme “normale” des termes employés.

En conclusion, la question n’est dont pas de se couper des modes de communication actuels- ce qui, d’ailleurs, serait impossible. Elle est seulement de faire combiner au mieux les différents modes de communication existant. En effet, utiliser ponctuellement le langage SMS ne doit ni nous empêcher ni nous priver de la faculté de développer un discours construit, harmonieux quant au fond et esthétique quant à la forme.



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