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Département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé, Commission cantonale de la famille

La sexualité, c’est la vie!


Lettre du mercredi 13 janvier 2016 - Source: Couple et Famille



Interview du Dr. Francesco Bianchi-Demicheli, médecin adjoint agrégé, chargé de cours à la faculté  de Médecine et Privat-Docent à la faculté de Psychologie de l’Université de Genève. Consultations de Gynécologie psychosomatique et Médecine sexuelle au Département de Gynécologie Obstétrique aux Hôpitaux Universitaires de Genève. Propos récuillis par Véronique Häring, psychologue et conseillère conjugale.

Pensez-vous que les comportements sexuels sont plus libres aujourd’hui qu’autrefois?
La fonction sexuelle et la libido ayant existé à toute époque, les êtres humains ont été intéressés depuis toujours par la sexualité, et les comportements sexuels, que nous pensons être libres aujourd’hui, se retrouvent très loin dans l’Histoire. Déjà à l’époque romaine, par exemple, il est question de dysfonction érectile -déjà nommée par le terme malheureux d’ «impuissance»-, ce qui prouve bien l’intérêt des hommes-et des femmes-pour le sujet. On n’a inventé ni la sexualité, ni la révolution sexuelle et il n’a pas suffi d’inventer la pilule pour que la sexualité soit «libre». Les récits du Dr. Von Krafft-Ebing, par exemple, témoignent du fait, qu’au 19ème siècle, les comportements sexuels étaient identiques à ceux d’aujourd’hui, y compris les comportements sexuels dits «particuliers».

Les contraintes culturelles, sociales et religieuses, exercées sur la sexualité étaient quand même plus fortes dans le passé et ont généré des inhibitions parfois pathologiques?
La biologie permettant à l’homme et à la femme d’avoir une sexualité à tout moment, c’est positif que des règles la codifient. A ce propos je me permets d’attirer votre attention sur le fait qu’une des spécificités de la sexualité humaine est que l’humain est l’unique être vivant qui s’interpose dans la sexualité des autres, y compris dans la sexualité animal! C’est curieux! Il y a toujours quelqu’un pour vous dire ce qui est juste ou pas, ce qu’il faut faire et surtout ce qu’il ne faut pas faire. Ceci dit, bien sûr, les freins culturels et religieux ont configuré la sexualité des personnes de manière très perturbante à certaines époques. Je le vois encore dans la clinique: même quand elles sont capables de considérer comme obsolètes les dogmes éducatifs et religieux à l’origine de leurs troubles sexuels, il subsiste des automatismes ancrés que les personnes n’arrivent pas à dépasser, comme si lorsqu’un signal d’inhibition est donné à un certain moment de notre évolution psycho-sexuelle, il s’automatise et on ne peut plus le contrôler.

Si les comportements sexuels n’ont pas vraiment changé, dans leur nature, au cours de l’Histoire, il en va autrement des rôles homme-femme?
Oui, l’évolution identitaire du masculin et du féminin est importante au cours du temps. Dans la tradition rurale, avant la Révolution française, le masculin était associé au sacré, le féminin au profane. C’était l’eldorado masculin! La femme, elle, était au service de l’homme; sa sexualité était contrôlée et la question du plaisir féminin ne se posait pas. Mais, au fond, l’homme redoutait beaucoup le pouvoir de la femme: elle pouvait enfanter, alors que lui, ce Dieu sur Terre -tel qu’il se considérait lui-même- ne le pouvait pas! C’était insupportable! Avec la période industrielle, les clivages se sont modifiés plaçant l’homme dans un rôle social, de production, et la femme dans un rôle domestique et de reproduction. Maintenant, non seulement les choses ont changé, mais elles changent en permanence: le père est beaucoup plus impliqué en tant que père. La paternité devient une paternité de lien, relationnelle et non plus institutionnelle. Tout cela dans une société en transformation.

Il y avait sans doute moins de problèmes de communication qu’aujourd’hui dans les couples!
C’est certain. Quand l’homme affirmait: «le patron à la maison, c’est moi !», il n’était pas nécessaire de se préoccuper de communication. Avec la recherche actuelle d’égalité, de partage, de relation, la communication occupe une place importante. Cela dit, malgré l’évolution vers le partage et l’égalité, les hommes sont quand même, encore aujourd’hui, souvent un peu oubliés dès l’entrée de la maternité! Sur la façade, il devrait être écrit «maternité-paternité»: ici on fabrique bien des enfants, des mères et des pères? Il ne faut pas l’oublier. Cela n’enlève rien aux femmes, mais recadre le devenir de deux individus, femme et homme, face à la transformation parentale et identitaire.

Serait-ce, peut-être, le reflet de l’ambivalence des hommes face à la pression sociale actuelle, présentée comme un progrès absolu, qu’ils soient présents dans ces lieux où des peurs archaïques menacent d’émerger? Encore aujourd’hui, certains se sentiraient peut-être davantage à leur place à attendre au café du coin l’arrivée du bébé?
C’est regrettable qu’aujourd’hui, l’homme, qui ne se sent éventuellement pas prêt à être présent à l’accouchement, soit si facilement suspecté d’avoir un problème! Certains ont simplement peur de voir la médicalisation, leur femme déchirée, etc… Et ils craignent, par anticipation, que tout à coup, après l’accouchement, l’organe génital féminin, si érotisé jusque-là, ne devienne, pour eux, plus qu’un lieu anatomique. Certains s’en protègent et je pense qu’il faut le respecter.

Quelles sont les répercussions des changements identitaires sur la sexualité?
Une patiente m’a expliqué un jour «moi, lors de la première rencontre, je dis à l’homme: «est-ce que tu assumes? Sinon je ne commence rien avec toi!». La femme, souvent, a conquis son droit au plaisir et elle le revendique, voire, elle l’exige. De ce fait, l’homme, se trouve, plus souvent qu’avant, confronté à ses limites, physiques, physiologiques et certains, qui n’avaient jamais eu de problèmes érectiles, sous la pression, commencent à en avoir! Donc, d’un côté, il y a des femmes un peu déçues des hommes qui n’ «assument pas» et qui les castrent avant de commencer, et d’un autre côté, je vois des hommes devenir de plus en plus affectifs, très «bisous bisous», bons «comme le pain», avec une éthique exemplaire… Ils cuisinent bien, font tout pour leur femme, sont amoureux, tournent la marguerite ensemble: je t’aime, je t’aime, je t’aime… tous les pétales disent la même chose, mais, paradoxalement, ils peuvent être perçus comme pas ou peu attractifs, peu sexy. Parfois même anti-sexy ! Ils sont, dans ces cas-là, considérés parfaits comme amis, mais pas comme amants!

Le «bad boy» est plus attractif?
Evidemment! «Il est beau, il s’applique pour ses études, il plaît à ma mère,..», ça ne passe pas de cette manière! Par contre celui qui est beau comme un diable, même infidèle, peut être irrésistible! Pourtant, personne n’a vraiment envie de vivre au quotidien avec un bad boy. Ceci pour introduire l’idée que les lois de l’attraction sexuelle obéissent à une logique complexe souvent inscrite dans le non conscient. Ce sont les obscures et fascinantes dynamiques de l’implicite qui sont en jeu.

Vous allez heurter les romantiques!
Je suis un romantique, content de l’être. Je constate, toutefois, que, malgré ce qu’on prétend souvent, même si on parle d’amour, souvent la raison pour laquelle les gens cherchent le sexe, ce n’est pas l’émotion, ni les sentiments, c’est le sexe. Les gens cherchent le sexe pour le sexe. Pour les sensations, pour le plaisir, orgasmique, de plaire, de conquérir, de passer un moment particulier. Cela n’empêche pas que le romantisme et l’amour soient là, heureusement!… Accéder à l’intégralité de l’article


Livre de la semaine


  • Le caméléon et les fourmis blanches


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