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Département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé, Commission cantonale de la famille

Elever des enfants

Parler d’amour aux préados

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Lettre du mercredi 18 février 2015 - Source: Extrait de la revue Echo Magazin, France Lebreton/La Croix



Au seuil de la puberté, la préadolescence est une période charnière. Les parents doivent en profiter pour parler de sexualité â leur fils ou leur fille, qui sont encore des enfants.

Kevin a 11 ans. En raison de sa taille, on lui donnerait volontiers une ou deux années de plus. Depuis quelque temps, son comportement change. Il ne se promène plus tout nu dans l’appartement en sortant de la douche. Il écrit «Défense d’entrer» sur la porte de sa chambre, demande à sa mère de frapper avant d’entrer. Il envahit moins le salon avec ses jouets et figurines, aime rester sur son lit pour écouter de la musique, casque sur les oreilles, ou feuilleter une bande dessinée. Il demande plus souvent la permission de jouer à des jeux vidéo, voire de communiquer avec ses copains par Skype. Parmi eux, que des garçons! Les filles ne semblent guère l’intéresser. Curieux de nature, il ne pose cependant aucune question sur l’amour et la sexualité.

Du coup, ses parents s’interrogent.

«Notre fils n’a plus l’air d’un enfant, mais il n’est pas encore un adolescent. II a dû entendre parler de certaines choses dans la cour de récréation; il lui arrive de prononcer des mots grossiers dont il ne connaît probablement pas le sens. Devons-nous prendre les devants et évoquer ces sujets avec lui?» Sur ce point-là, il arrive que les parents ne soient pas d’accord entre eux. Le père a parfois du mal à aborder des questions qui touchent à l’intime. Puisant dans sa propre expérience, il estime que son fiston saura bien se débrouiller pour s’informer comme il l’a fait lui-même à l’adolescence. Souvent, la mère ne partage pas cet avis mais, ne sachant pas trop comment s’y prendre, tourne autour du pot.

Sauf les parents

«La sexualité, tout le monde en parle sauf les parents!», souligne Inès Pélissié du Rausas, docteur en philosophie et mère de famille, dont le dernier livre s’intitule S’il te plaît, papa, c’est beau l’amour? (Saint-Paul, 2014). «Le silence de nos enfants cache peut être une inquiétude, ajoute-t-elle. L’environnement a changé. Dans leur entourage, entre copains, à la télévision, ils ont entendu parler de sexe, d’expériences, mais pas d’amour. Ils peuvent avoir vu des images choquantes qui les ont an¬goissés. L’enfant a besoin de paroles et de repères, il a besoin de comprendre et d’être rassuré.

Qu’est-ce que c’est devenir un homme? Une femme? Est-ce que cela en vaut vraiment la peine? 

La pression des médias, de la société de consommation, de la publicité sème la confusion dans son esprit et réduit d’autant la durée de l’enfance, le propulsant dans le monde des ados alors que sa puberté n’est pas faite.» Du reste, «préado» est un mot trompeur: on entend «adolescent» alors que physiologiquement, le préado est encore un enfant.

Le cœur de l’enfant

A ce titre, les parents sont donc les mieux placés pour transmettre une éducation à l’amour et à la vie. Cela au moins pour deux raisons, selon Inès Pélissié du Rausas. D’abord, quand l’enfant se pose des questions sur la sexualité, il s’interroge, de façon inconsciente, sur la question de la filiation: a-t-il été aimé, désiré? Son père ou sa mère est alors tout désigné pour lui répondre qu’il est né de l’amour de ses parents (même s’il y a eu séparation). Ensuite parce que l’éducation affective et sexuelle n’est pas un enseignement comme un autre; il s’adresse au cœur de l’enfant. Ses parents sont les plus à même de respecter son intimité et de s’ajuster à ses besoins. Cette mission éducative sera d’autant plus naturelle qu’elle aura commencé tôt, dès les premières années de la vie. Mais s’il n’y a jamais eu de parole parentale, «pas de panique, on peut prendre le train en route!», sourit Inès Pélissié du Rausas.

Il ne faut donc pas hésiter à aller au-devant 

de son enfant, à créer les conditions d’une intimité, à adapter son discours à son âge et sa maturité. Les mots choisis ne doivent pas heurter ni choquer, au risque de le dégoûter. Mieux vaut privilégier plusieurs petites conversations, en tête à tête, d’abord avec le parent du même sexe pour faciliter l’identification, puis avec le parent du sexe opposé pour permettre la valorisation à travers le regard posé sur lui. Il est essentiel que la première empreinte de l’amour dans son imaginaire soit belle et positive.

Avec des gestes

Il faut lui montrer la beauté et la finalité du corps, «fait pour aimer et donner la vie», tout en soulignant le décalage avec le cœur (ou la tête) qui n’est pas encore celui d’un homme ou d’une femme. L’impossibilité de séparer le corps et le cœur: «Ton corps, c’est toi»; «l’amour est le langage du corps». Le bonheur d’aimer: «Quand les cœurs de l’homme et de la femme sont pleins d’amour, les mots ne suffisent plus, ils vont se le dire avec des gestes. C’est un débordement de l’amour du cœur dans le corps: l’enfant vient de ce débordement. Il est le sommet de l’amour donné entre époux».

Si on éprouve des difficultés à en parler avec lui,

on peut proposer d’accompagner son enfant à une conférence sur le sens de l’amour humain et de la sexualité. Comme les ateliers Cycloshow (mère/fille), ou XY (père/fils) organisés en Suisse romande par CorpsEmoi et Avifa. Une manière de donner aux enfants et aux parents des références communes. Et d’offrir aux pré-adolescents un socle, une base éducative solide sur laquelle ils pourront s’appuyer tout en menant leur vie comme ils l’entendent…

Ateliers pour les 10-14 ans

En Suisse romande, l’association CorpsEmoi organise depuis 2002 des ateliers Cycloshow pour expliquer aux filles de 10 à 14 ans les changements qui s’opèrent dans leur corps à la puberté, en particulier le pourquoi des règles et le déroulement du cycle féminin. Elles y viennent accompagnées de leur maman ou d’une personne féminine de référence (une marraine, une tante,…) pour «découvrir les secrets et les merveilles de leur corps». Et pour les garçons? Les mamans ayant pris part à ces ateliers ont voulu savoir ce qui existait pour leurs fils. En partenariat avec Avifa (Amour-vie-famille), l’association a mis sur pied XY, qui propose une formule analogue pour les garçons de 10 à 14 ans avec leur papa (ou parrain,…). Comprenant mieux ce qui se passe dans leur corps, ils vivront les changements de la puberté avec plus de sérénité, affirme l’association. Plus d’informations sur www.corpsemoi.ch.



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